Je lui ai dit, enfin, mon «accident» et contrairement à ce que je redoutais, elle n'a pas ri. Elle s'est faite très grave et, après quelques secondes de réflexion, m'a interrogée.

—Jean, ton mari, ne sait rien?

—Pourquoi saurait-il, puisque toi-même tu ignorais?

—C'est vrai: les maris sont les derniers avertis en ce genre d'information.—Es-tu heureuse, au moins?

—Très heureuse.

—Et tu as quelque chance de garder ton bonheur, M. de Nailes étant célibataire. Lorsqu'il se mariera, par exemple...

—Eh bien?

—Tu pleureras, ma mignonne.

—Pourquoi?—Lorsque M. de Nailes se mariera, il pensera moins à moi et je ne penserai plus à lui, voilà tout, en admettant que son mariage entraîne, nécessairement, un changement dans nos relations, ce qui n'est pas certain. Dans tous les cas, ce mariage ne saurait effacer notre passé; et les heures que nous aurons vécues ensemble seront toujours aimables, dans mon souvenir.

—Comme tu dis cela!