LES CARESSES
Je suis allée, aujourd'hui, à la campagne, avec Yvonne et, naturellement, selon notre habitude, nous avons beaucoup bavardé.
Ma longue et dernière dissertation sur les divers genres d'intimité qui existent entre la femme, le mari ou l'amant—dissertation qui pouvait paraître, entre parenthèses, comme une atténuation cherchée à ma situation personnelle—m'a semblé avoir extrêmement préoccupé mon amie et elle me l'a rappelée, moitié riante, moitié sérieuse, en y ajoutant des commentaires ou, plutôt, une sorte de conférence qui m'a fort intéressée.
Nous étions à Saint-Germain, dans la forêt. Il faisait beau et bon. Yvonne s'est assise sur la mousse, à l'ombre des grands arbres, et m'a tout à coup interpellée.
—Sais-tu bien, ma mignonne, que sans t'en douter, l'autre fois, tu as soulevé une question terrible—l'une des plus terribles questions qui enfièvrent les amants.
—Vraiment, j'ai, tant que cela, été audacieuse?
—Oui; mais tu es excusable, car tu as fait de l'amour, je le crois, comme M. Jourdain faisait de la prose—sans le savoir.
—Allons, dis-moi vite quelle énormité j'ai commise.