Le conte est amusant et j'en ai beaucoup ri.—Ne rappelle-t-il pas la fable de certain renard qui se moque d'une magnifique tête qui n'a point de cervelle?—Notre pauvre amie pourra la méditer, à son aise, désormais.

Il y aurait bien des paroles à dire sur cette question de la pudeur féminine appliquée aux usages courants de la vie.

En résumé, les hommes, nos maîtres, seraient mal venus à nous reprocher l'insouciance que nous manifestons à cet égard. L'instinct de la pudeur, chez nous, est ce qu'ils ont désiré qu'il fût, en définitive.—Pourquoi ne nous accompagnent-ils pas, chez le couturier, et pourquoi déclarent-ils qu'une robe ne nous habille bien qu'autant qu'elle ne nous habille pas?

Gustave Droz cite un gentil ménage en lequel c'était le mari qui prenait les mesures des formes de sa femme, et qui les criait au couturier caché dans une pièce contiguë à celle où avait lieu l'essayage.—Ce mari-là était sage et la petite femme qui était la sienne avait, certainement, une opinion de la pudeur, différente de la nôtre.

Mais combien de maris sont pareils à celui de Gustave Droz, et s'il en existait ne les aimerions-nous pas trop?


LA NUANCE INTIME DE LA FEMME

J'ai vu M. de Nailes, aujourd'hui, et il a été, comme toujours, charmant. Je veux bien, dans ce carnet, consigner les diverses impressions qui émeuvent ou qui charment ma vie mondaine, mais je me suis imposé la règle de ne jamais mentionner le récit détaillé de mes rencontres avec mon ami. Je ne parlerais donc pas de notre entretien d'aujourd'hui, si vraiment cet entretien ne se rattachait, par la passionnelle philosophie qui s'en dégage, aux quelques pages qui précèdent. Pour la première fois, en effet, j'ai discuté avec M. de Nailes et traité avec lui l'une de ces questions d'amour qui me sont familières avec Yvonne ou auxquelles sait si bien nous intéresser la marquise d'Oboso.

Cette question est un peu scabreuse et elle est de celles qu'un homme doit savoir mieux expliquer qu'une femme, il faut le dire, car elle se rapporte tout entière à des sensations particulières que l'homme seul peut éprouver dans la possession. Elle est relative à l'influence exercée par la couleur—le brun, le blond ou le roux—chez la femme, sur le désir de l'amant.