— Je ne me sens pas dispensée d’avoir un peu de sang-froid et de regarder ce qui est.
— Et comment avez-vous pu aimer votre mari ? Vous le distinguez pourtant des autres ?
— J’étais une jeune sotte, je prenais des vessies pour des lanternes, mais il me convenait seulement pour un tas de petites raisons en dehors de lui.
— Il y a quelques femmes dans le monde dont chacune pourrait s’imposer à moi pour des raisons qui briseraient mes petites convenances.
— Bah ! vous ne trouverez pas une femme qui plaise à tout le monde ou qui vous plaise tout le temps à vous. Alors je n’ai pas tort. On n’aime pas un être parce qu’il se sépare des autres par des traits infranchissables. On l’aime parce que cela vous arrange, plus ou moins longtemps.
Finette disait toujours un être pour ne pas préciser le sexe et pour ne pas dire : une âme.
— C’est beaucoup, alors que la Nature vous a fait d’une certaine race, de pouvoir extraire toute sa raison d’être d’une femme, qui appartienne à cette race, si on a la chance d’en rencontrer une. Alors on atteint le fond ; c’est tout ce qu’on peut espérer, c’est plus profond qu’on ne croit, le fond d’une âme. C’est beaucoup à espérer.
— Oh ! le beau parleur ! En attendant, vous courez la prétentaine. Pour les aimer si nombreuses, il faut que vous jouissiez de quelque chose de pareil dans toutes. Si vous vouliez jouir de leurs différences, vous resteriez plus longtemps sur chacune.
— Je n’ai pas dit mon dernier mot ; un jour, peut-être, je m’arrêterai net sur une femme.
— Quel drôle de type. Vous ne me faites pas marcher, vous savez. Mais vous, je crois que vous vous mettez dedans, assez bien. Tout cela c’est de la littérature, une littérature que je n’aime pas. Ça ne correspond à rien en vous. Vous trotterez de l’une à l’autre toute votre vie. Et c’est très bien, ça ne prouve pas du tout que vous soyez superficiel.