Les lenteurs, les soins de Gille, elle s’en passerait bien mais elle saura aussi lui en être reconnaissante. Pieusement, elle s’arme contre ces saintes douceurs, pour ne pas démériter, pour ne pas s’abîmer trop vite et gâcher la grâce. Il y a une mendiante secrète et fière sous cette fille, la plus brisée : affamée, elle sait savourer le bon morceau qu’une main anonyme, d’une charité raffinée, lui porte aux lèvres. Elle se plie avec un tact parfait à la circonstance et par exemple enfonce le drap dans sa bouche plutôt que de la tendre à celle si bonne qui ne la demande pas, qui ne veut donner des marques qu’à ces enflures de son corps, à ces ouvertures de son âme et que par un regard timide et promptement rentré dans la nuit envahissante du délire, elle aperçoit scellée et suspendue au-dessus de la sienne comme celle de Dieu.

Mais tout est fini.

Alors, il n’y a plus que l’horreur de cette superbe fille qui se réveille dans son ruisseau. Elle sait faire un long silence et une immobilité qui déploient au-dessus d’elle un beau pavillon. Elle se relève pleine de courtoisie.

— Merci.

— Tu n’as pas d’amant ?

— Non.

— Tu en as eu ?

— Oui. Un. Ça m’a suffi. Je n’en ai eu que des ennuis.

— Mais tu aimes l’amour. Alors ?

— Oh bien ! de temps en temps, ça arrive. On n’y pense pas.