La grossesse d'Adèle Hugo semble pénible et, revenant au frère malade, Victor après avoir merveilleusement dépeint l'aspect du triste fou, d'ajouter cette phrase où apparaissent déjà derrière le poète, l'homme de tête et le réformateur.

«Je crains que les moyens dont la société use envers les malades, la captivité et l'oisiveté, ne fassent qu'alimenter une mélancolie dont le seul remède, ce me semble, serait le mouvement et la distraction.»

N'est-elle point à retenir, si on songe, surtout, aux vingt et un ans de son auteur?

La pension du ministère de l'Intérieur ne semble pas devoir se faire longtemps attendre.

Quant aux biens en Espagne et aux cédules hypothécaires, Victor Hugo se tient, pour des démarches, à la disposition de son père. Mais, le moment ne lui paraît pas favorable.

Cette affaire semble moins dépendre de M. de Chateaubriand que de M. de Martignac[66], et celui-ci est l'homme de M. de Villèle[67].

[66] Jean-Baptiste-Sylvère Gay, vicomte de Martignac, né à Bordeaux en 1778, mort à Paris en 1832. Il était alors conseiller d'État et devait plus tard, rallié à une politique plus modérée, se voir confier le ministère de l'Intérieur, à la chute de M. de Villèle (janvier 1828).

[67] Jean-Baptiste-Séraphin-Joseph, comte de Villèle, né à Toulouse en 1773, mort en 1854. Membre de la Chambre introuvable de 1815, il entra, ultra-royaliste, au Ministère en 1821, pour prendre bientôt la présidence du Conseil. Les élections de novembre 1827, la dissolution de la Chambre n'ayant pas amené le résultat qu'il espérait, provoquèrent sa démission.

Mon cher Papa,

Eugène, après un séjour de quelques semaines au Val-de-Grâce, vient d'être transféré à Saint-Maurice, maison dépendant de l'hospice de Charenton, dirigé par M. le docteur Royer-Collard. La translation et le traitement ont lieu aux frais du gouvernement: il te sera néanmoins facile d'améliorer sa position moyennant une pension plus ou moins modique; on nous assure que cet usage est généralement suivi pour les malades d'un certain rang. Au reste, le docteur Fleury a dû écrire à l'un de ses amis qui sera chargé d'Eugène dans cette maison, et M. Girard, directeur de l'école vétérinaire d'Alfort, a promis à M. Foucher, qui le connaît très particulièrement, de recommander également les soins les plus empressés pour notre pauvre et cher malade et d'en faire son affaire.