«Cependant qu'il allumait deux bougies et tirait les verrous, elle s'était déshabillée, sans trouble, énigmatique, gardant encore,—une dernière révolte de pudeur, sans doute,—son corset clos et son pantalon très blanc sur ses bas noirs»[295].
Léo Trézenik s'est plu, lui, à rajeunir le sujet très vieux et familier aux estampes du XVIIIe siècle, de la jarretière défaite et qu'il faut rattacher.
«Puis, résolûment, comme pour en finir, elle troussa ses jupes, découvrant ses jambes jusqu'au feston du pantalon, et, posément, sans précipitation, en femme qui se sait comprise, elle tira son bas et boucla sa jarretière»[296].
Des modes, passons, si vous voulez, aux modèles. En ce qui les concerne, une distinction s'impose.
D'une part, l'Italienne; un souillon généralement, ignorant, sous le clinquant de ses oripeaux, l'art des déshabillages. Ses vêtements enlevés en paquets, tout d'une pièce, elle retirera sa chemise par-dessus sa tête, sa nudité allant en remontant, des bas de coton à côtes aux seins trop lourds. Point de dessous ou, tout au plus, au cœur de l'hiver, le hideux emmaillottement d'un pantalon de flanelle rouge, ballonnant autour des cuisses et tombant à mi-jambes. L'exhibition brusque de son corps, la tenue de travail dans un métier dont, au dire de certaines, les repos sont surtout fatigants.
Ce sera le contraire de la Parisienne. Quelques soient ses origines et les contingences de la vie qui l'auront amenée à poser, elle restera femme avant tout.
Tandis que le déshabillé de la Transtévérine, vieille et déformée avant l'âge, le plus souvent, chair vague condamnée à d'obscures besognes, chairs veules tôt dévêtues sur un signe du maître, aura quelque chose de celui d'un goujat ou d'un garçon boucher devant le conseil de révision, la Parisienne, que Montmartre ou que Montrouge aient souri à ses premiers ébats, n'aura point oublié et chantera, dans sa grâce et suivant le rite consacré, le poème divin des déshabillés.
Nulle hâte à se montrer nue, à faire, comme l'Italienne, valoir sa marchandise; au lieu des nippes arrachées plutôt qu'enlevées, souplesse et rythme des mouvements, les gestes classiques et prévus de la femme qui, peu à peu se déshabille. Après le corsage brusquement retiré, la chute déjà plus lente de la jupe; un jupon qui semble hésiter avant de laisser, en tombant, apercevoir l'androgynat amusant du pantalon; le manège compliqué de la femme, pour s'en dépêtrer; les jarretelles dont il faut détacher les «pressions»; le corset à dégrafer et dont la chute laisse apparaître, nue, l'orbe jolie des seins: tous ces riens charmants qui, pour les véritables amants de la femme, rendent certaines minutes particulièrement heureuses et sont comme une introduction écrite par quelque impérissable artiste, à la vision sacrée de son corps, au lotus apparu de son sexe.
Pudeur spéciale, tandis que le modèle ne songera pas à rougir de sa nudité, souvent,—rideau ou paravent,—il se cachera, tant pour se déshabiller que pour se rhabiller.
Son corps, soit, c'est son métier. Mais son déshabillé lui appartient, ou appartient à celui à qui elle a fait don de sa jeunesse et de sa chair, que l'amour ou que la fantaisie la guident.