«Un incident des plus singuliers et des plus inattendus a donné à la première représentation de la nouvelle pièce de M. Romain Coolus, au théâtre Antoine-Gémier, une note comique infiniment pittoresque, et qui d'ailleurs n'a nui en rien à cette belle œuvre, puisque le fait se produisit après le baisser du rideau.
«Tandis que la salle se vidait lentement, un spectateur découvrit devant un fauteuil d'orchestre un chiffon d'élégante lingerie finement brodée, délicatement ajourée, un de ces vêtements légers qui semblent se faire gloire d'être inutiles. Un mouchoir? Non pas. Une écharpe? Pas davantage. Une mantille? Point du tout.
«C'était ... il me faudrait pour nommer ce coquet accessoire de l'ajustement féminin les ressources du lyrisme le plus discret et de la poésie la plus intime... c'était... ce vêtement auquel l'un des plus célèbres personnages de la comédie italienne a donné son nom... c'était... mon Dieu, il faut bien l'appeler par son nom... c'était un pantalon.
«Ce fut dans la salle un immense éclat de rire et tous les spectateurs qui venaient d'être violemment émus par les belles situations de Cœur à cœur connurent là quelques instants de gaieté folle... irrésistible...
«D'où venait ce sournois, cet imprévu, cet incroyable pantalon? comment était-il là? quelle main irrévérencieuse ou maladroite l'avait jeté à cette place? Distraction? fumisterie? On ne sait... ne le saura jamais. Il y a ainsi de petits mystères qui ne seront jamais éclaircis. Celui-ci est parmi les plus irritants. Les ouvreuses interrogées ne purent donner aucun renseignement; ce genre d'objets ne relève point de leur vestiaire.
«Je sais bien que Béranger, considérant le pantalon comme l'un des signes du développement de l'esprit républicain en France, s'écriait au lendemain d'un événement réactionnaire:
Les anciens préjugés renaissent,
On va quitter les pantalons.
«Mais il ne semble point que ces deux vers d'une médiocre envolée, puissent ici trouver leur application.
—Et dire, soupirait un spectateur, qu'elles ne veulent pas retirer leur chapeau!»[405]