C'était comme un uniforme; et, passant du rang à l'état-major, les détails en variaient peu. Racinet décrit ainsi, avec de plus amples détails, les chausses des courtisanes, non le macaroni napolitain, mais le gratin vénitien:

«Notre exemple no 7 montre, ainsi que le dit Vecellio, que les courtisanes vénitiennes étaient vêtues en dessous à la masculine. Les culottes marinesques, provençales, guéguesques, braguesques, comme les appelle Blaise de Vigenère, les chausses prolongées jusqu'aux genoux étaient à leur usage. Il n'est pas probable, quoique leur corsage fût taillé en pourpoint, que pour se montrer à l'intérieur, elles se contentassent d'enlever leur jupe. Le buste démesurément allongé eût été trop disgracieux lorsque l'on quittait les patins, et comme le panseron avait deux épaisseurs de bourre, l'une fixée au pourpoint même, l'autre dans le gilet de dessous (M. Quicherat, Histoire du Costume de France), il est bien plus vraisemblable de supposer que ces femmes affublées de la culotte ne conservaient que le gilet qui se trouvait sous ce pourpoint masculin. On voit ici que la culotte large avait des poches intérieures latérales; c'était un vêtement coquet, brodé, tailladé. La mode d'appareiller la couleur des bas à celle des chausses était alors remplacée par l'usage contraire, les chausses étaient d'une couleur, les bas d'une autre. Ces bas aux coins brodés étaient de soie, faits à l'aiguille, ou de drap...»[51]

Ces aimables enfants poussaient si loin l'élégance de leurs chausses que plus d'une fois les provéditeurs (provveditori alle pompe) durent intervenir et essayèrent de réduire, par des amendes, ces extravagances[52].

Ne se contentant pas de porter des culottes, elles aimaient à se montrer ainsi vêtues: ce fut l'objet de pénalités nouvelles qu'il fallut appliquer en partie double.

Si les femmes affectaient de sortir habillées en hommes, quelques-uns de ceux-ci, affichaient au contraire pour le costume féminin, un faible désordonné.

Dès le milieu du XVe siècle, on crut devoir sévir contre ces travestis. Le recueil de M. Brunet les Courtisanes et la Police des mœurs à Venise cite et reproduit trois textes caractéristiques sur ce point.

Le plus ancien, 1443, vise les..., mettons le troisième sexe, ce sera plus convenable:

«Et a simel condicion sotozaxa ogni homo trovado in habito femineo, over altro habito desconveniente perdando el vestimento e livre cento per cadaun e star mexi 6 in prexon, etc.»[53]