Les pantalons se quittent, se perdent... et se salissent. Le livre de comptes de Mme Irma de Montigny, égaré au passage de la Bérézina et communiqué, depuis, à l'institut, par M. Salomon Reinach, en même temps qu'il lavait la marquise de... Mithylène, des méchants bruits répandus sur ses habitudes par quelques amies délaissées (musique de Gounod), n'est pas seul à nous renseigner sur la facilité avec laquelle le haut de chausses féminin gagne la tache, la fameuse tache qui constitue une des trente-six situations chères aux dramaturges et que ne dédaigne pas davantage les gentilshommes sans préjugés acculés à la dure nécessité du mariage.

Taches d'encre, marques de doigts... et d'autres encore: le pantalon va souvent chez la blanchisseuse. Mais, il ne convient pas qu'il subisse, avant d'être mis, les approches de l'homme.

Ce serait risquer de la salir avant la lettre:

—Laisse ça, tu me salis tout mon linge. Voilà un pantalon qui, avant que je le mette, a déjà des marques de doigts!

(Le Rire, 8 avril 1905.)

Dans l'atmosphère surchauffée de l'atelier de la blanchisseuse de fin, ce sont, chez les ouvrières, de philosophiques et mélancoliques réflexions tout en promenant le fer sur les trou-trous et les entre-deux:

—C'est dur, tout de même, de penser qu'on gagne tant à la salir et si peu à la nettoyer.

(Henri Boutet: Le Frou-Frou, 1901.)

Hélas! c'est la tentation proche. Quelque lundi, la petite blanchisseuse, s'attardera plus qu'il n'est nécessaire pour compter chemises de jour et de nuit, faux-cols et manchettes des «pratiques paresseuses.» Quand on nettoie tant le linge d'autrui, on peut bien risquer de salir un peu le sien.

Elle ne guette pas moins les filles de la campagne qui, aux mois de vacances, étendent sur des cordes les pantalons courts et froufroutés des belles madames en villégiature: