«L'une enfille son aiguille à tastons,

«L'autre empeze son linge sale,

«L'autre rattache ses caleçons»[64].

C'étaient là des exceptions. Marie de Médécis elle-même semblait avoir renoncé à cette mode d'origine italienne.

Aussi, l'un des premiers soins de l'abbé de Choisy en s'habillant en femme avait-il été de supprimer ses caleçons. Leur absence donnait à son déguisement plus de vraisemblance:

«Quand je vis que mon dessein réussissoit, j'ouvris aussi cinq ou six boutonnières du bas de ma robe pour laisser voir une jupe de satin noir moucheté, dont la queue n'étoit pas si longue que celle de ma roble. J'avais encore par dessous un jupon de damas blanc qu'on ne me voit que quand on me portoit la queue; je ne mettois plus de haut-de-chausses, il me sembloit que cela ressembloit davantage à une femme, et je ne craignois point d'avoir froid, nous étions en été»[65].

Mlle de La Fayette[66] n'en portait sans doute pas davantage, le jour de l'accident conté peut-être un peu crûment, mais de façon plaisante par M. de La Porte: la présence d'un caleçon eût rendu moins visibles les traces de sa défaillance. L'anecdote n'est pas du meilleur goût, mais peint à merveille la liberté d'allure et de langage de la cour au commencement du XVIIe siècle. Anne d'Autriche précédait ainsi Louis XIII et ses pincettes dans la voie de la grossièreté.

On ne saurait souhaiter au plus couard des experts semblable mission. Malgré soi, on pense au mot si connu de Théophile Gautier sur le siècle de Louis XIV:

«Pendant ce temps, il se fit une cabale de M. de Saint-Simon, de Mgr l'évêque de Limoges, de Mme de Seneçai et de Mlles d'Aiches, de Vieuxpont et de Polignac pour introduire Mlle de La Fayette à la place de Mme de Hautefort[67]. S. E. protégea tellement cette intrigue qu'en peu de temps on vit que le Roi ne parloit plus à Mme de Hautefort, et que son grand divertissement chez la Reine étoit d'entretenir Mlle de La Fayette, et de la faire chanter. Elle se maintint bien en cette faveur par les conseils de ceux et celles de son parti, et n'oublia rien pour cela; elle chantoit, elle dansoit; elle jouoit aux petits jeux avec toute la complaisance inimaginable; elle étoit sérieuse quand il falloit l'être, elle rioit aussi de tout son cœur dans l'occasion, et même quelquefois un peu plus que de raison; car un soir à Saint-Germain en ayant trouvé sujet, elle rit si fort qu'elle en pissa sous elle, si bien qu'elle fut long-temps sans oser se lever, le Roi l'ayant laissée en cet état, la Reine la voulut voir lever, et aussi-tôt on apperçut une grande mare d'eau[68]. Celles qui n'étoient pas de son parti ne purent se tenir de rire, et la Reine sur-tout, ce qui offensa la cabale, d'autant plus qu'elle dit tout haut que c'étoit La Fayette qui avoit pissé; Mlle de Vieuxpont soutenoit le contraire en face de la Reine, disant que ce qui paraissoit étoit du jus de citron, et qu'elle en avoit dans sa poche qui s'étoient écrasés; ce discours fut cause que la Reine me commanda de sentir ce que c'étoit; je le fis aussi-tôt, et lui dit que cela ne sentoit point le citron; de sorte que tout le monde demeura persuadé que la Reine disoit vrai; elle voulut sur le champ faire visiter toutes les filles pour sçavoir celle qui avoir pissé, parce qu'elles disoient presque toutes que ce n'étoit point La Fayette; mais elles s'enfuirent dans leurs chambres. Toute cette histoire ne plut point au Roi, et moins encore la chanson qui en fut faite[69]; mais comme ce n'étoit point un sujet pour que le Roi témoignât être fâché contre la Reine, la chose se passa ainsi; et les Demoiselles n'osèrent pas non plus faire paroître leur ressentiment, remettant à se venger dans l'occasion, comme elles le firent dans la suite en ma personne»[70].