—Je te vois, petit coquin! comme dit l’inscription foraine qu’on lui pourrait donner pour devise. Je te vois, mais te reconnais à grand’peine! ajouterait un mélancolique.
Ah! qu’on me ramène à l’admirable costume de Notre-Dame de Thermidor, de cette belle Tallien dont la foule saluait au passage les jambes sculpturales, dans les larges échancrures de sa jupe traînante, comme on s’incline devant un front célèbre à la couronne de lauriers! Les vraies époques d’art sont celles où l’on ne parle pas seulement du visage des femmes, quand on s’entretient de leur beauté.
C’est dans le costume des bicyclistes dames qu’on mesure aujourd’hui, l’horreur du pantalon... Et Dieu sait si les séants sont larges! Comme ceux des zouaves, ce qui donne un côté bien particulièrement rétrospectif aux souvenirs d’amour qu’ils peuvent évoquer. Pouah! et, s’il en faut croire M. Lépine, de jeunes personnes qui n’y sont pas forcées, revêtaient ce demi-sac tout simplement pour plaire aux clients de la rue, et sans l’excuse de la moindre bécane à enfourcher postérieurement.
Voilà qui suffirait seul à affirmer la décadence de nos goûts.
Mais je ne veux pas m’attrister en de mélancoliques réflexions sur ce sujet, j’aime bien mieux remercier l’auteur de ces pages érudites et joyeuses, de toutes les citations aimables dont il a repeuplé ma mémoire, depuis les jolis vers de Voiture dont j’avais égaré le texte, jusqu’à la page cueillie dans les Bigarrures et touches du seigneur des Accords,mon livre de chevet quand j’étais à l’École Polytechnique, et que j’avais dérobé à notre bibliothèque scientifique où il se trouvait bien par hasard et où je l’avais découvert. C’était au beau temps de ma jeunesse, durant cette accalmie impériale qui avait du bon: car, autant qu’il m’en souvient, beaucoup de femmes ne portaient pas de culottes, pendant cette période césarienne. Celles d’aujourd’hui en ont fait un symbole de revendication sociale, une façon de drapeau qui ne flotte pas précisément sur leurs têtes. Avocates et médecines rêvent de revêtir notre costume masculin dans toute son infamie. Di avertant omen! Ce sera du joli.
Je ne veux pas retarder davantage le plaisir que goûtera le lecteur à s’instruire sur un sujet très grave et dont les sots, seuls, ne comprennent pas le sérieux, où la forme emprunte au fond une majesté particulière et où le contenant participe à la gloire du contenu. Par cette légende pittoresque et documentée, il sera conduit jusqu’au seuil de ce temps misérable où—souvenir profané des temps divins d’Ève et de Noé!—le vin de nos verres est fabriqué par des chimistes et la feuille de vigne, elle-même, est devenue, aux formes de nos amoureuses, un pantalon!
Armand Silvestre.