De part et d'autre, absence absolue de pantalons. Les chemises de la princesse sont «fines», tandis que celles de Mlle de la Briffe étaient, à part une, de simple toile. C'est à quoi se borne le linge de corps, car on ne saurait considérer comme tel des «frottoirs» de futaine ou de mousseline qui, à proprement parler, sentaient terriblement encore leur aristocrate.

La fille de Louis XVI refusa ce don, comme on le pouvait prévoir, quand on lui remit, à Bâle, les deux caisses contenant l'envoi du Directoire. Toutefois, elle fit adresser ses remercîments à Benezech: «Je suis touchée de son attention, dit-elle, mais je ne puis accepter ses offres»[128].

La Révolution avait accompli son œuvre. Aux bourrasques populaires qui, par la rue en délire, troussaient et fessaient les aristocrates, avait succédé la réaction thermidorienne. La Convention se décimait elle-même et envoyait ses membres les plus marquants à l'échafaud. Saturne dévorait ses enfants.

Comme la poudre, le sang grise. Dans ce Paris plein de deuils, où il n'était une famille qu'ait épargnée la guillotine, l'on dansait à cœur joie. Sébastien Mercier, dans son Nouveau Tableau de Paris, a tracé un croquis vivant de ces bals d'une gaieté féroce. Les modes les plus osées, les plus contraires à notre climat et à nos mœurs y étaient lancées. On ne se vêtait pas, on se dévêtait à la grecque. Par une température souvent rigoureuse, le caleçon devait donc fatalement reparaître sur les cuisses nues des femmes.

«Vingt-trois théâtres, dix-huit cents bals ouverts tous les jours; voilà ce qui compose les amusements du soir.

«Ici des lustres embrasés reflètent leur éclat sur des beautés coiffées à la Cléopâtre, à la Diane, à la Psyché. Là une lampe fumeuse éclaire des blanchisseuses qui dansent en sabots avec leurs muscadins, au bruit d'une vieille (sic) nazillarde. Je ne sais si ces premières danseuses chérissent beaucoup les formes républicaines des gouvernements de la Grèce, mais elles ont modelé la forme de leur parure sur celle d'Aspasie; les bras nus, le sein découvert, le pied chaussé avec des sandales, les cheveux tournés en nattes autour de leurs têtes, c'est devant des bustes antiques que les coiffeurs à la mode achèvent leur ouvrage.

«Devinez où sont les poches de ces danseuses; elles n'en ont point; elles enfoncent leur éventail dans leur ceinture; elles logent dans leur sein une mince bourse de maroquin où flottent quelques louis; quant à l'ignoble mouchoir, il est dans la poche d'un courtisan, à qui l'on s'adresse lorsqu'on en a besoin.

«Il y a longtemps que la chemise est bannie; car elle ne sert qu'à gâter les contours de la nature, d'ailleurs, c'est un attirail incommode; et le corset en tricot de soie couleur de chair ne laisse plus deviner, mais apercevoir tous les charmes secrets. Voilà ce qu'on appelle être vêtue à la sauvage; et les femmes s'habillaient ainsi pendant un hyver rigoureux, en dépit des frimas et de neige»[129].


C'était, en attendant Madame Sans-Gêne, la Sans Gêne, en tant que mode. Les vieilles gens n'étaient pas sans s'effarer un peu de ces nouveautés: le chansonnier Jean-Étienne Despréaux, qui, après avoir été danseur à l'Opéra et maître de ballets à la Cour, avait épousé, en 1787, la Guimard, sur le retour—elle avait alors quarante-quatre ans—leur a consacré, sur l'air de la Bourbonnaise, les amusants couplets que voici: