Déjà parée pour la soirée, c’est-à-dire vêtue d’une seule tunique de gaze, très courte, sans manches, et de bas verts, la négresse était assise, cigarette aux lèvres, devant un cahier de chansons qu’elle feuilletait. En reconnaissant le pas de l’Anglais, elle se leva, sourit et, selon le protocole établi, monta avec lui.
M. Adolphe n’écoutait plus les sons émis par l’instrument. Il tendait l’oreille vers l’escalier dont chaque marche sonnait sous le martèlement de la mule de Mme Bambou et gémissait sous la botte de l’officier.
A l’étage, une porte s’ouvrit. Elle se referma. Tout bruit cessa.
M. Adolphe croisa les bras, emplit d’air sa poitrine et dit à l’accordeur :
— Maintenant, jouez la Valse des Roses un peu forte, sans arrêt, jusqu’à ce que je revienne… Et quoi qu’il arrive ne vous occupez de rien. C’est pour faire une blague !
Il enleva ses bottes qu’il jeta sous une banquette, et, mains en avant, traversa le salon en fredonnant :
Viens avec moi, pour fêter le printemps,
Nous cueillerons des lilas et des roses…
puis s’engagea dans l’escalier, dont il saisit fortement la rampe.
Opérant sur celle-ci des tractions successives, il touchait à peine les marches qui ne craquaient pas plus que si un enfant allant pieds nus les eût foulées.