Vers deux heures du matin, nouvelle alerte nocturne: des ébrouements de chevaux affolés, des galops martelant le sol, des cris d'Arabes. Nos bêtes, qui se sont détachées, qui se battent, épeurées par je ne sais quoi d'invisible, prises de panique générale!... Pourvu que tout cela se passe loin de moi, ne vienne pas s'entraver les pieds dans les cordes de ma tente et la chavirer; quel ennui ce serait, sous l'ondée qui ruisselle toujours!
Allah soit loué! La galopade échevelée prend une autre direction, s'éloigne, se perd dans le noir d'alentour.
Puis j'entends qu'on ramène les fugitifs, et le calme revient,—le silence,—le sommeil...
VI
5 avril.
A six heures, au grand jour, le clairon d'un de nos chasseurs d'Afrique sonne le réveil.
Vite il faut se lever, se sangler, se guêtrer. Déjà des Arabes ont envahi mon logis pour le démolir,—mon logis de toile blanche tout trempé de la pluie de la nuit.
En un tour de main, c'est fait; le vent aidant, cela s'envole, flotte un instant avec un bruit de voile de navire, puis retombe aplati sur l'herbe mouillée, et j'achève à l'air libre d'attacher mes éperons, de mettre la dernière main à ma toilette.
Les petites fleurs qui ont dormi sous mon toit vont recouvrer la liberté, l'arrosage des averses et la solitude.