J'attends sans impatience le retour de mon bateau, qui se promène quelque part, dans la mer de Marmara.
II
Samuel m'a suivi comme un ami fidèle; j'en ai été touché. Il a réussi à se faufiler, lui aussi, à bord d'un paquebot des Messageries, et m'est arrivé ce matin; je l'ai embrassé de bon coeur, heureux de revoir sa franche et honnête figure, la seule qui me soit sympathique dans cette grande ville où je ne connais âme qui vive.
—Voilà, dit-il, effendim; j'ai tout laissé, mes amis, mon pays, ma barque,—et je t'ai suivi.
J'ai éprouvé déjà que, chez les pauvres gens plus qu'ailleurs, on trouve de ces dévouements absolus et spontanés; je les aime mieux que les gens policés, décidément: ils n'en ont pas l'égoïsme ni les mesquineries.
III
Tous les verbes de Samuel se terminent en ate; tout ce qui fait du bruit se dit: fate boum (faire boum).
—Si Samuel monte à cheval, dit-il, Samuel fate boum! (Lisez: "Samuel tombera. ")
Ses réflexions sont subites et incohérentes comme celles des petits enfants; il est religieux avec naïveté et candeur; ses superstitions sont originales, et ses observances saugrenues. Il n'est jamais si drôle que quand il veut faire l'homme sérieux.