Le derviche Hassan-Effendi, à la suite d'une visite de deux heures, tire ainsi ses conclusions:

—Tu es un garçon invraisemblable, et tout ce que tu fais est étrange! Tu es très jeune, ou du moins tu le parais, et tu vis dans une si complète indépendance, que les hommes d'un âge mûr ne savent pas toujours en conquérir de semblable. Nous ignorons d'où tu viens, et tu n'as aucun moyen connu d'existence. Tu as déjà couru tous les recoins des cinq parties du monde; tu possèdes un ensemble de connaissance plus grand que celui de nos ulémas; tu sais tout et tu as tout vu. Tu as vingt ans, vingt-deux peut-être, et une vie humaine ne suffirait pas à ton passé mystérieux. Ta place serait au premier rang dans la société européenne de Péra, et tu viens vivre à Eyoub, dans l'intimité singulièrement choisie d'un vagabond israélite. Tu es un garçon invraisemblable; mais j'ai du plaisir à te voir, et je suis charmé que tu sois venu t'établir parmi nous.

XXI

Septembre 1876

Cérémonie du Surré-humayoun. Départ des cadeaux impériaux pour la Mecque.

Le sultan, chaque année, expédie à la ville sainte une caravane chargée de présents.

Le cortège, parti du palais de Dolma-Bagtché va s'embarquer à l'échelle de Top-Hané, pour se rendre à Scutari d'Asie.

En tête, une bande d'Arabes dansent au son du tam-tam, en agitant en l'air de longues perches enroulées de banderoles d'or.

Des chameaux s'avancent gravement, coiffés de plumes d'autruche, surmontés d'édifices de brocart d'or enrichis de pierreries; ces édifices contiennent les présents les plus précieux.

Des mulets empanachés portent le reste du tribut du Khalife, dans des caissons de velours rouge brodé d'or.