—Bonsoir, Arif; qu'attendez-vous donc ainsi?

On savait bien que je ne pouvais pas m'appeler Arif, et que j'étais un chrétien venu d'Occident; mais ma fantaisie orientale ne portait plus ombrage à personne, et on me donnait quand même ce nom que j'avais choisi.

II

Portia! flambeau du ciel! Portia! ta main, c'est moi!

(ALFRED DE MUSSET, Portia.)

Le soleil était couché depuis deux heures quand un dernier caïque s'avança seul, parti d'Azar-Kapou; Samuel était aux avirons; une femme voilée était assise à l'arrière sur des coussins. Je vis que c'était elle.

Quand ils arrivèrent, la place de la mosquée était devenue déserte, et la nuit froide.

Je pris sa main sans mot dire, et l'entraînai en courant vers ma maison, oubliant le pauvre Samuel, qui resta dehors …

Et, quand le rêve impossible fut accompli, quand elle fut là, dans cette chambre préparée pour elle, seule avec moi, derrière deux portes garnies de fer, je ne sus que me laisser tomber près d'elle, embrassant ses genoux. Je sentis que je l'avais follement désirée: j'étais comme anéanti.

Alors j'entendis sa voix. Pour la première fois, elle parlait et je comprenais,—ravissement encore inconnu!—Et je ne trouvais plus un seul mot de cette langue turque que j'avais apprise pour elle; je lui répondais dans la vieille langue anglaise des choses incohérentes que je n'entendais même plus!