Eyoub, 27 septembre 1876.

Cher Plumkett,

Voilà cette pauvre Turquie qui proclame sa constitution! Où allons-nous? je vous le demande; et dans quel siècle avons-nous reçu le jour? Un sultan constitutionnel, cela déroute toutes les idées qu'on m'avait inculquées sur l'espèce.

À Eyoub, on est consterné de cet événement; tous les bons musulmans pensent qu'Allah les abandonne, et que le padishah perd l'esprit. Moi qui considère comme facéties toutes les choses sérieuses, la politique surtout, je me dis seulement qu'au point de vue de son originalité, la Turquie perdra beaucoup à l'application de ce nouveau système.

J'étais assis aujourd'hui avec quelques derviches dans le kiosque funéraire de Soliman le Magnifique. Nous faisions un peu de politique, tout en commentant le Koran, et nous disions que, ni ce grand souverain qui fit étrangler en sa présence son fils Mustapha, ni son épouse Roxelane qui inventa les nez en trompette, n'eussent admis la Constitution; la Turquie sera perdue par le régime parlementaire, cela est hors de doute.

XVII

Stamboul, 27 septembre.

7 Zi-il-iddjé 1293 de l'hégire.

J'étais entré, pour laisser passer une averse, dans un café turc près de la mosquée de Bayazid.

Rien que de vieux turbans dans ce café, et de vieilles barbes blanches. Des vieillards (des hadj-baba) étaient assis, occupés à lire les feuilles publiques, ou à regarder à travers les vitres enfumées les passants qui couraient sous la pluie. Des dames turques, surprises par l'ondée, fuyaient de toute la vitesse que leur permettaient leurs babouches et leurs socques à patins. C'était dans la rue une grande confusion et dans le public, une grande bousculade; l'eau tombait à torrents.