—A cause de notre majesté qui est passée, à cause de nos grands hommes qui ont péri,
—Nous sommes assis solitaires et nous pleurons!
Et il y en a deux ou trois, de ces vieux, qui versent de vraies larmes, qui ont posé leur bible dans les trous des pierres, pour avoir les mains libres et les agiter au-dessus de leur tête en geste de malédiction.
Si les crânes branlants et les barbes blanches sont en majorité au pied du Mur des Pleurs, c'est que, de tous les coins du monde où Israël est dispersé, ses fils reviennent ici quand ils sentent leur fin proche, afin d'être enterrés dans la sainte vallée de Josaphat. Et Jérusalem s'encombre de plus en plus de vieillards accourus pour y mourir.
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En soi, cela est unique, touchant et sublime: après tant de malheurs inouïs, après tant de siècles d'exil et de dispersion, l'attachement inébranlable de ce peuple à une patrie perdue! Pour un peu on pleurerait avec eux,—si ce n'étaient des Juifs, et si on ne se sentait le cœur étrangement glacé par toutes leurs abjectes figures.
Mais, devant ce Mur des Pleurs, le mystère des prophéties apparaît plus inexpliqué et plus saisissant. L'esprit se recueille, confondu de ces destinées d'Israël, sans précédent, sans analogue dans l'histoire des hommes, impossibles à prévoir, et cependant prédites, aux temps mêmes de la splendeur de Sion, avec d'inquiétantes précisions de détails.
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Ce soir est, paraît-il, un soir spécial pour mener deuil, car cette place est presque remplie. Et, à tout instant, il en arrive d'autres, toujours pareils, avec le même bonnet à poils, le même nez, les mêmes anglaises sur les tempes; aussi sordides et aussi laids, dans d'aussi belles robes. Ils passent, tête baissée sur leur bible ouverte, et, tout en faisant mine de lire leurs jérémiades, nous jettent, de côté et en dessous, un coup d'œil comme une piqûre d'aiguille;—puis vont grossir l'amas des vieux dos de velours qui se pressent le long de ces ruines du Temple: avec ce bourdonnement, dans le crépuscule, on dirait un essaim de ces mauvaises mouches, qui parfois s'assemblent, collées à la base des murailles.
—Ramène les enfants de Jérusalem!.. Hâte-toi, hâte-toi, libérateur de Sion!...