Là-bas, serpente quelque chose comme un long ruban blanc, où nos sentiers vont aboutir: une route, une vraie route carrossable comme en Europe, avec son empierrement et sa poussière! Et, en ce moment même, deux voitures y passent!... Nous regardons cela avec des surprises de sauvages.
C'est la route qui vient de Jérusalem, et nous allons, nous aussi, la suivre; elle descend vers Hébron, entre d'innombrables petits murs enfermant des vignes et des figuiers.—Il y a un certain bien-être tout de même à retrouver cette facilité-là, après tant de cailloux, de rocs pointus, de pentes glissantes, de dangereuses fondrières, où depuis plus d'un mois nous n'avons cessé de veiller sur les pieds de nos bêtes...
Deux voitures encore nous croisent, remplies de bruyants touristes des agences: hommes en casque de liège, grosses femmes en casquette loutre, avec des voiles verts. Nous n'étions pas préparés à rencontrer ça. Plus encore que notre rêve oriental, notre rêve religieux en est froissé.—Oh! leur tenue, leurs cris, leurs rires sur cette terre sainte où nous arrivions, si humblement pensifs, par le vieux chemin des prophètes!...
Heureusement, elles s'en vont, leurs voitures; elles se hâtent même de filer avant la nuit, car Hébron n'a pas encore d'hôtels, Hébron est restée une des villes musulmanes les plus fanatiques de Palestine et ne consent guère à loger des chrétiens sous ses toits...
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Entre des collines pierreuses, couvertes de séries de terrasses pour les vignes, Hébron commence d'apparaître, Hébron, bâtie avec les mêmes matériaux que les murs sans fin dont les campagnes sont remplies. Dans un pays de pierres grises, c'est une ville de pierres grises; c'est une superposition de cubes de pierres, ayant chacun pour toiture une voûte de pierres, tous pareils, tous percés des mêmes très petites fenêtres cintrées et réunies deux à deux. Un ensemble net et dur, qui surprend par son absolue uniformité de contours et de couleurs, et que cinq ou six minarets dominent.
Suivant l'usage, nous campons à l'entrée de la ville, au bord de la route, dans un lieu où croissent quelques oliviers. Nos mules à clochettes nous ayant à peine devancés aujourd'hui, nous présidons nous-mêmes à notre déballage de nomades, au milieu de nombreux spectateurs, musulmans ou juifs, silencieux dans de longues robes.
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Nos tentes montées, il nous reste encore une heure de jour. Le soleil, très bas, dore en ce moment les monotonies grises d'Hébron et de ses alentours, l'amas des cubes de pierres qui composent la ville, la profusion des murs de pierres qui couvrent la montagne.
Nous montons à pied vers la grande mosquée, dont les souterrains impénétrables renferment les authentiques tombeaux d'Abraham, de Sarah, d'Isaac et de Jacob.