XXXIV
26 février.
Madame Prune n'a jamais été mère... Ce n'est pas sans un trouble intime que je viens de l'apprendre.
A cela sans doute, elle doit d'avoir conservé cette jeunesse dans les sentiments, et, dans tout l'organisme, cette verdeur que j'admirais sans me l'expliquer. Pendant l'une de ces minutes de tête-à-tête et d'épanchement, qu'elle ne redoute plus assez de provoquer entre nous et que le printemps va rendre plus capiteuses, elle s'est décidée à la délicate confidence.
—Mais alors, et la toute mignonne et potelée madame Oyouki? Une fille adoptive, simplement?
—Hélas! non... Une erreur de feu ce pauvre monsieur Sucre... Une enfant conçue en dehors des liens sacrés du mariage...
—Madame Prune, en croirai-je à mes oreilles?... Monsieur Sucre, ce pur artiste, capable de s'être oublié à ce point!... Quelle atteinte vous venez de porter pour moi à sa mémoire!...
Et dire que j'ai pu vivre tout un été sous le même toit que ce ménage, sans soupçonner un secret si lourd...
XXXV
1er mars.