Ite, missa est! Tout le monde se relève. La petite armé aux bérets rouges fait au pas accéléré le tour de la chapelle, puis décharge ses fusils en l'air. Et c'est fini, on va pouvoir s'amuser!
D'abord, on s'étend sur l'herbe, pour manger des bonbons et boire du rancio. Puis, musique en tête, on va redescendre en se dandinant. Avec force parades, contremarches et saluts, on ira remiser à la mairie d'Irun la bannière sacrée. Et, tout de suite après, on dansera sur la place; on dansera éperdument jusqu'au milieu de la nuit.
P.-S.—Samedi 1er juillet. Deux jeunes pèlerins se sont poignardés hier au soir à mort, au retour de Saint-Martial, l'un ayant jugé que sa fiancée s'était assise trop près de l'autre, là-haut, dans la fougère.
PREMIER ASPECT DE LONDRES
Juillet 1909.
Que de surprises me réservait l'Angleterre,—outre la plus grande, qui fut celle de m'y voir!
D'abord Londres: une ville où j'avais juré de ne jamais venir, mais qu'aujourd'hui je me pique vraiment d'avoir découverte. Sous son ciel de pluie, je me l'imaginais compacte et oppressante, avec de trop hautes maisons comme en Amérique, et je la trouve au contraire étalée paisiblement, presque diffuse si l'on peut dire, parmi ses jardins aux grands arbres, ses prairies et ses lacs. Cette expression surannée, qui servait à nos pères pour désigner Paris, lui conviendrait à merveille: le grand village.[4] A chaque instant, au détour de quelque rue élégante, c'est à se croire en pleine campagne; entre des berges de haute verdure, une rivière coule, propre et tranquille; ou bien, sous des ormeaux séculaires, s'en vont à perte de vue des pelouses mouillées où paissent des moutons.... Oh! ces moutons au milieu de Londres!... Or, ils sont là—tant ce pays est respectueux de son passé—en vertu de certains droits de pacage consentis jadis à des communautés, il y a des siècles, quand la ville s'étendait à peine et que ces squares restaient de simples champs.—Se représente-t-on, à Paris, une communauté réclamant des droits pareils sur quelque terrain entre l'Opéra et la Madeleine?
Je crois bien que la brume est complice dans l'illusion de profondeur que nous donnent ces parcs anglais; plus ou moins ténue, elle veille toujours là, pour estomper les lointains, simuler des rideaux de forêt, et c'est elle aussi qui, dès les seconds plans, agrandit à l'excès tous les arbres.
Pas une heure sans pluie, et, dès le soir, une humidité glacée qui vous pénètre. Il paraît que je tombe sur une saison exceptionnelle et on m'affirme que d'ordinaire le mois de juillet, même ici, est lumineux.—(Dans chaque pays nouveau, on tombe immanquablement sur un mauvais temps d'exception.)—Donc, le ciel terne est comme rapproché de la terre. Sans trêve, il pleut, mais cela n'empêche pas les petites rivières, entre les pelouses en velours et les massifs de fleurs, d'être sillonnées de yoles par centaines où des jeunes misses font du canotage, vêtues de blanc comme pour un vrai été. Le long de ces eaux, sur les bords irréprochables, quel art soigneux dans l'arrangement des plantes, le choix des fleurs! Par nuances qui se font valoir, on a groupé tout cela; les érables rouges du Japon à côté des fusains dorés, les pavots jaunes d'Irlande parmi les hortensias bleus. Des rhododendrons, fleuris follement, semblent d'énormes bouquets roses. Des palmiers qui hivernent en serre, de grands arbustes des Indes sont plantés ça et là comme au hasard, afin de donner une impression de pays tropical tant que dure le pâle été. Et,—détail très anglais,—des boîtes tout à fait commodes attendent, de distance en distance, que les passants veuillent bien y déposer journaux ou enveloppes; sur ces prairies artificielles, on ne voit point traîner les mille chiffons de papier qui sont des laideurs de chez nous.