Dans tes courts récits, rapides comme ta parole, nerveux et un peu violents comme toi-même mais pleins de générosité et de coeur, je te retrouve tout entier. Je retrouve aussi la gaieté de notre chère marine et l'esprit de nos «carrés» de bord.
Et cependant, j'ai un reproche à te faire, un reproche assez grave. Tu as bafoué comme il convenait deux ou trois de nos égaux ou de nos chefs, et, quand tu cingles la piètre ligure de certain amiral, aujourd'hui remisé, tous les marins seront avec toi pour applaudir. Mais pourquoi n'as-tu parlé que des mauvais? Il s'en trouve aussi de bons et de charmants, de braves et d'héroïques; tu en es convaincu plus que personne, toi qui as laissé dans la marine des amis que tu aimes si sincèrement et qui te le rendent. Alors pourquoi ne dis-tu rien de ceux que tu regrettes? ni de ceux que tu vénères et que tu admires? Tu aurais su le faire si bien! Il manque des chapitres à des petites histoires, je t'assure, et je crains que cela ne te donne, pour ceux qui ne te connaissent pas, un air d'avoir écrit une oeuvre de dénigrement et de rancune—ce qui serait cependant tout à fait au-dessous de ta pensée et de ton coeur....
Maintenant, bonne chance à ton livre, et pardonne le franc parler de ton très ancien camarade d'Afrique et autres lieux.
QUELQUES PENSÉES VRAIMENT AIMABLES
I
C'est incroyable ce qu'il y a de gens chez qui l'âge ingrat dure toute la vie.
II
On rencontre souvent chez les choses une certaine bêtise, un certain mauvais vouloir entêté, qui sont bien plus révoltants encore que chez les personnes.