L'air heureux, en effet; même l'air reconnaissant envers moi qui l'avais amenée.—Et le bonheur des bêtes jeunes est complet peut-être, parce qu'elles n'ont pas comme nous l'appréhension de l'inexorable avenir.—Elle passait des journées contemplatives délicieuses, dans des poses de bien-être, étalée nonchalamment sur les pierres et la mousse, jouissant du silence—un peu mélancolique pour moi—de cette maison que les canons sourds ni les coups de mer ne venaient plus jamais troubler. Elle était arrivée au port lointain et tranquille, à l'étape dernière de sa vie,—et s'y reposait sans avoir conscience de la fin.

XIV

Un beau jour, sans transition, par subite fantaisie, la tolérance de Moumoutte Blanche pour Moumoutte Chinoise se changea en amitié tendre. Elle s'approcha délibérément et vint lui sentir à bout portant les babines, ce qui, entre chattes, équivaut au plus affectueux baiser.

Sylvestre, présent à cette scène, se montra sceptique:

—As-tu vu, lui dis-je, le baiser de paix des moumouttes?

—Oh! non, monsieur, répondit-il sur ce ton de connaisseur entendu qu'il prend lorsqu'il s'agit des affaires intimes de mes chats, chevaux ou bêtes quelconques; non, monsieur; c'est que tout simplement la Moumoutte Blanche voulait s'assurer, d'après l'odeur du museau, si la Chinoise ne venait pas de lui manger sa viande...

Il se trompait pourtant,—et, à partir de ce jour, elles furent amies. On les vit s'asseoir sur la même chaise, manger la pâtée dans la même assiette et, chaque matin, accourir pour se dire bonjour en frottant leurs bouts de nez cocasses, l'un jaune sur l'autre rose...

XV