Ce matin nous avons passé le tropique, et la mise en scène a brusquement changé; c'est bien ce ciel étonnamment pur, cet air vif, tiède, délicieux, de la région des alizés, et cette mer si bleue, asile des poissons volants et des dorades.

Les plans sont changés, nous revenons en Europe par le sud de l'Amérique, le cap Horn et l'océan Atlantique; Tahiti est sur notre route dans le Pacifique, et l'amiral a décidé qu'il s'y arrêterait en passant. Ce sera peu, rien qu'une relâche de quelques jours, quand après, tout sera fini pour jamais; mais quel bonheur d'arriver, surtout après avoir craint de ne pas revenir!...

... J'étais accoudé sur les bastingages, regardant la mer. Le vieux docteur du Rendeer s'approcha de moi, en me frappant doucement sur l'épaule:

-- Eh bien, Loti, dit-il, je sais bien à quoi vous rêvez: nous y serons bientôt, dans votre île, et même nous allons si vite que ce sont, je pense, vos amies tahitiennes qui nous tirent à elles...!

-- Il est incontestable, docteur, répondis-je, que si elles s'y mettaient toutes...

VI

26 novembre 1873.

En mer. -- Nous avons passé hier par un grand vent au milieu des îles Pomotous.

La brise tropicale souffle avec force, le ciel est nuageux.

A midi, la terre (Tahiti) par bâbord devant.