Le vent gémissait plus fort, il faisait froid et il faisait nuit...
XXI
Je fis peu d'honneur au souper qui m'était offert, et, Téharo m'ayant abandonné son lit, je m'étendis sur les nattes blanches, essayant du sommeil pour calmer ma tête troublée.
Lui, Téharo, s'engageait à veiller jusqu'au jour, afin que rien ne retardât notre départ pour Tahiti, si, vers le matin, le vent venait à s'apaiser.
La famille prit son repas du soir, -- et tous s'étendirent silencieusement sur leurs lits de chaume, roulés comme des momies d'Égypte dans leurs pareos sombres, -- la nuque reposant à l'antique sur des supports en bois de bambou.
La lampe d'huile de cocotier, tourmentée par le vent, ne tarda pas à mourir, et l'obscurité devint profonde.
XXII
Alors commença une nuit étrange, toute remplie de visions fantastiques et d'épouvante.
Les draperies d'écorce de mûrier voltigeaient autour de moi avec des frôlements d'ailes de chauves-souris, le terrible vent de la mer passait sur ma tête. Je tremblais de froid sous mon pareo. -- Je sentais toutes les terreurs, toutes les angoisses des enfants abandonnés...
Où trouver en français des mots qui traduisent quelque chose de cette nuit polynésienne, de ces bruits désolés de la nature, -- de ces grands bois sonores, de cette solitude dans l'immensité de cet océan, -- de ces forêts remplies de sifflements et de rumeurs étranges, peuplées de fantômes; -- les Toupapahous de la légende océanienne, courant dans les bois avec des cris lamentables, -- des visages bleus, -- des dents aiguës et de grandes chevelures...