Sierra-Leone, mars 1875.
O ma bien-aimée petite amie, nous retrouverons-nous jamais là-bas -- dans notre chère île, -- assis le soir sur les plages de corail?...
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Bobdiara (Sénégambie), octobre 1875.
C'est la saison des grandes pluies, là-bas, -- la saison où la terre est couverte de fleurs roses, semblables à nos perce-neige d'Angleterre; les mousses sont humides, les forêts pleines d'eau.
Le soleil se couche ici, terne et sanglant, sur les solitudes de sable. Il est trois heures du matin là-bas, il fait nuit noire, les toupapahous rôdent dans les bois...
Deux années ont passé déjà sur ces souvenirs, et j'aime ce pays comme aux premiers jours: -- l'impression persiste comme celle de Brightbury, celle de la patrie, -- quand tant d'autres se sont effacées depuis.
Au pied des grands arbres, ma case enfouie dans la verdure, -- et ma petite amie sauvage!... Mon Dieu, ne les reverrai-je jamais, - n'entendrai-je plus jamais le vivo plaintif, le soir, sous les cocotiers des plages?...
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Southampton, mars 1876.
(Journal de Loti)
... Tahiti, Bora-Bora, l'Océanie, -- que c'est loin tout cela, mon Dieu!
Y reviendrai-je jamais, et qu'y trouverai-je à présent, -- sinon les désenchantements amers, et les regrets poignants du passé?... Je pleure, en songeant au charme perdu de ces premières années, -- à ce charme qu'aucune puissance ne peut plus me rendre, -- à tout cela que je n'ai même pas le pouvoir de fixer sur mon papier, et qui déjà s'obscurcit et s'efface dans mon souvenir.