La cérémonie fut simple; elle s'acheva sans longs discours, ni grand appareil.

Les trois Tahitiennes étaient couronnées de fleurs naturelles, et vêtues de tuniques de mousseline rose, à traînes. Après avoir inutilement essayé de prononcer les noms barbares d'Harry Grant et de Plumket, dont les sons durs révoltaient leurs gosiers maoris, elles décidèrent de les désigner par les mots Rémuna et Loti, qui sont deux noms de fleurs.

Toute la cour eut le lendemain communication de cette décision, et Harry Grant n'exista plus en Océanie, non plus que Plumket son ami.

Il fut convenu en outre que les premières notes de la chanson indigène: "Loti taïmané, etc..." chantées discrètement la nuit aux abords du palais, signifieraient: "Rémuna est là, ou Loti, ou tous deux ensemble; ils prient leurs amies de se rendre à leur appel, ou tout au moins de venir sans bruit leur ouvrir la porte des jardins..."
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II

NOTE BIOGRAPHIQUE SUR RARAHU, DUE AUX SOUVENIRS DE PLUMKET

Rarahu naquit au mois de janvier 1858, dans l'île de Bora-Bora, située par 16° de latitude australe, et 154° de longitude ouest.

Au moment où commence cette histoire, elle venait d'accomplir sa quatorzième année.

C'était une très singulière petite fille, dont le charme pénétrant et sauvage s'exerçait en dehors de toutes les règles conventionnelles de beauté qu'ont admises les peuples d'Europe.

Toute petite, elle avait été embarquée par sa mère sur une longue pirogue voilée qui faisait route pour Tahiti. Elle n'avait conservé de son île perdue que le souvenir du grand morne effrayant qui la surplombe. La silhouette de ce géant de basalte, planté comme une borne monstrueuse au milieu du Pacifique, était restée dans sa tête, seule image de sa patrie. Rarahu la reconnut plus tard, avec une émotion bizarre, dessinée dans les albums de Loti; ce fait fortuit fut la cause première de son grand amour pour lui.