-- Tu es heureux, Loti, disait Tétouara, c'est pour toi qu'on se dispute!...

Le fait est que c'était pour moi en effet; Rarahu avait eu un mouvement de jalousie contre Tiahoui, et là était l'origine de la discussion.

Comme deux chattes qui vont se rouler et s'égratigner, les deux petites se regardaient blêmes, immobiles, tremblantes de colère:

-- Tinito oufa! cria Tiahoui, à bout d'arguments, en faisant une allusion sanglante à la belle robe de gaze verte (mignonne de Chinois)!

-- Oviri, Amutaata! (sauvagesse, cannibale)! riposta Rarahu qui savait que son amie était venue toute petite d'une des plus lointaines îles Pomotous, -- et que si Tiahoui elle-même n'était point cannibale, assurément on l'avait été dans sa famille.

Des deux côtés l'injure avait porté, et les deux petites, se prenant aux cheveux, s'égratignèrent et de mordirent.

On les sépara; elles se mirent à pleurer, et puis, Rarahu s'étant jetée dans les bras de Tiahoui, toutes deux, qui s'adoraient, finirent par s'embrasser de tout leur coeur...

XLVII

Tiahoui, dans son effusion, avait embrassé Rarahu avec le nez, -- suivant une vieille habitude oubliée de la race maorie, -- habitude qui lui était revenue de son enfance et de son île barbare; elle avait embrassé son amie en posant son petit nez sur la joue ronde de Rarahu, et en aspirant très fort.

C'est ainsi, en reniflant, que s'embrassaient jadis les Maoris, - et le baiser des lèvres leur est venu d'Europe...