I
HORS-D'OEUVRE NUKA-HIVIEN
(Qu'on peut se dispenser de lire, mais qui n'est pas très long.)
Le nom seul de Nuka-Hiva entraîne avec lui l'idée de pénitencier et de déportation, -- bien que rien ne justifie plus aujourd'hui cette idée fâcheuse. Depuis longues années, les condamnés ont quitté ce beau pays, et l'inutile ruine.
Libre et sauvage jusqu'en 1842, cette île appartient depuis cette époque à la France; entraînée dans la chute de Tahiti, des îles de la Société et des Pomotous, elle a perdu son indépendance en même temps que ces archipels abandonnaient volontairement la leur.
Taïohaé, capitale de l'île, renferme une douzaine d'Européens, le gouverneur, le pilote, l'évêque-missionnaire, -- les frères, -- quatre soeurs qui tiennent une école de petites filles, -- et enfin quatre gendarmes.
Au milieu de tout ce monde, la reine dépossédée, dépouillée de son autorité, reçoit du gouvernement une pension de six cents francs, plus la ration des soldats pour elle et sa famille.
Les bâtiments baleiniers affectionnaient autrefois Taïohaé comme point de relâche, et ce pays était exposé à leurs vexations; des matelots indisciplinés se répandaient dans les cases indigènes et y faisaient un grand tapage.
Aujourd'hui, grâce à la présence imposante des quatre gendarmes, ils préfèrent s'ébattre dans les îles voisines.
Les insulaires de Nuka-Hiva étaient nombreux autrefois, mais de récentes épidémies d'importation européenne les ont plus que décimés.