... La vieille parente de Tahaapaïru s'était endormie. -- La pluie tombait, torrentielle, sur les arbres, sur le chaume du toit, avec des bruits singuliers, des fracas de branches, des craquements lugubres. -- Les Toupapahous étaient là dans le bois, se pressant autour de nous, pour regarder par toutes les fentes de la muraille ce nouveau personnage, qui depuis le matin était des leurs. On s'attendait à toute minute à voir entre les barreaux passer leurs mains blêmes...
-- Reste, ô mon Loti, disait Rarahu... Si tu partais, demain je serais morte de frayeur...
... Et je restai toute la nuit auprès d'elle, tenant sa main dans les miennes; je restai auprès d'elle jusqu'au moment où les premières lueurs du jour se mirent à filtrer à travers les barreaux de sa demeure. -- Elle avait fini par s'endormir, sa petite tête délicieuse, amaigrie et triste, appuyée sur mon épaule. -- Je l'étendis tout doucement sur des nattes, et m'en allai sans bruit...
Je savais que le matin les Toupapahous s'évanouissent, et qu'à cette heure je pouvais sans danger la quitter...
VII
INSTALLATION
... Non loin du palais, derrière les jardins de la reine, dans une des avenues les plus vertes et les plus paisibles de Papeete, était une petite case fraîche et isolée. -- Elle était bâtie au pied d'une touffe de cocotiers si hauts, qu'on eût dit là-dessous une habitation lilliputienne. -- Elle avait sur la rue une véranda que garnissaient des guirlandes de vanille. -- Derrière était un enclos, fouillis de mimosas, de lauriers-roses et d'hibiscus. -- Des pervenches roses croissaient tout alentour, fleurissaient sur les fenêtres et jusque dans les appartements. -- Tout le jour on était à l'ombre dans ce recoin, et le calme n'y était jamais troublé.
Là, huit jours après la mort de son père adoptif, Rarahu vint s'établir avec moi.
C'était son rêve accompli.