XI
A mi-chemin de Papéuriri, dans le district de Maraa, Rarahu eut un moment de surprise et d'admiration...
Nous avons rencontré une grande grotte qui s'ouvrait sur le flanc de la montagne comme une porte d'église, et qui était toute pleine de petits oiseaux. -- Une colonie de petites hirondelles grises avait, à l'intérieur, tapissé de leurs nids les parois du rocher; elles voltigeaient par centaines un peu surprises de notre visite, et s'excitant les unes les autres à crier et à chanter.
Pour les Tahitiens d'autrefois ces petites créatures étaient des varué, des esprits, des âmes de trépassés; pour Rarahu ce n'était plus qu'une famille nombreuse d'oiseaux; pour elle qui n'en avait jamais tant vu, c'était encore quelque chose de nouveau et de charmant, et volontiers elle fût restée là, en extase, à les entendre, à les imiter.
Un pays idéal à son avis eût été un pays rempli d'oiseaux où tout le jour, dans les branches, on les eût entendus chanter.
XII
Un peu avant d'arriver sur les terres du district de Papéuriri, nous nous arrêtâmes dans un village bizarre construit par des sauvages arrivés de la Mélanésie; puis nous trouvâmes sur le chemin Téharo et Tiahoui qui venaient au-devant de nous. Leur joie de nous rencontrer fut extrême et bruyante; les grandes manifestations entre amis qui se retrouvent sont tout à fait dans le caractère tahitien.
Ces deux braves petits sauvages étaient encore dans le premier quartier de leur lune de miel, chose fort douce en Océanie comme ailleurs; bien gentils tous deux, -- et hospitaliers dans la plus cordiale acception du terme.
Leur case était propre et soignée, classique d'ailleurs, dans ses moindres détails. -- Nous y trouvâmes un grand lit qui nous était préparé, recouvert de nattes blanches, et entouré de rideaux indigènes faits de l'écorce distendue et assouplie du mûrier à papier.
On nous fit grande fête à Papéuriri, et nous y passâmes quelques journées délicieuses. Le soir par exemple c'était triste, et dans l'obscurité je sentais, quoi qu'on fît pour nous égayer, la solitude et la sauvagerie de ce recoin de la terre. La nuit, quand on entendait au loin le son plaintif des flûtes de roseau, ou le bruit lugubre des trompes en coquillage, j'avais conscience de l'effroyable distance de la patrie, et un sentiment inconnu me serrait le coeur.