Il résultait des renseignements pris à la hâte par la reine que Taïmaha était depuis la veille à Tahiti; -- et le chef des mutoï du palais avait été chargé de lui porter l'ordre de se trouver à l'heure du coucher du soleil sur la plage, en face du Rendeer.
A l'heure du rendez-vous, nous y fûmes, Rarahu et moi.
Longtemps nous attendîmes, et Taïmaha ne vint pas; -- je l'avais prévu.
Avec un singulier serrement de coeur, je voyais s'envoler ces derniers moments de notre dernière soirée. -- J'attendais avec une inexplicable anxiété; j'aurais donné cher à cet instant pour voir cette créature, dont j'avais rêvé dans mon enfance, et qui était liée au lointain et poétique souvenir de Rouéri; et j'avais le pressentiment qu'elle ne paraîtrait point...
Nous avions demandé des renseignements à des vieilles femmes qui passaient:
-- Elle est dans la grande rue, nous dirent-elles; emmenez avec vous notre petite fille que voici, qui la connaît et vous l'indiquera. Quand vous l'aurez trouvée, vous direz à notre enfant de rentrer au logis.
XXXVIII
DANS LA GRANDE RUE
La rue bruyante était bordée de magasins chinois; des marchands, qui avaient de petits yeux en amande et de longues queues, vendaient à la foule du thé, des fruits et des gâteaux. -- Il y avait sous les vérandas des étalages de couronnes de fleurs, de couronnes de pandanus et de tiaré qui embaumaient; les Tahitiennes circulaient en chantant; quantité de petites lanternes à la mode du Céleste Empire éclairaient les échoppes, ou bien pendaient aux branches touffues des arbres.
C'était un des beaux soirs de Papeete; tout cela était gai et surtout original. -- On sentait dans l'air un bizarre mélange d'odeurs chinoises de santal et de monoï, et de parfums suaves de gardénias ou d'orangers.