Les papillons, ces pauvres papillons de plus en plus démodés de nos jours, ont joué un rôle de longue haleine dans ma vie d'enfant, je suis confus de l'avouer; et, avec eux, les mouches, les scarabées, les demoiselles, toutes les bestioles des fleurs et de l'herbe. Bien que cela me fit de la peine de les tuer, j'en composais des collections, et on me voyait constamment la papillonnette en main. Ceux qui volaient dans ma cour, à part quelques égarés venus de la campagne, n'étaient pas très beaux, il est vrai; mais j'avais le jardin et les bois de la Limoise qui, tout l'été, constituaient pour moi des territoires de chasse pleins de surprises et de merveilles.

Pourtant les caricatures de Töpffer sur ce sujet me donnaient à réfléchir, et quand Lucette, me rencontrant avec quelque papillon au chapeau, m'appelait de son air incomparablement narquois: «Monsieur Cryptogame», cela m'humiliait beaucoup.

XVII

La pauvre vieille grand'mère aux chansons allait mourir.

Nous étions auprès de son lit, tous, à la tombée d'un jour de printemps. Il y avait à peine quarante-huit heures qu'elle était alitée, mais, à cause de son grand âge, le médecin avait déclaré que c'était pour elle la fin très prochaine.

Son intelligence venait tout à coup de s'éclaircir; elle ne se trompait plus dans nos noms; elle nous appelait, nous retenait près d'elle d'une voix douce et posée—sa voix de jadis, probablement,—que je ne lui avais jamais connue.

Debout à côté de mon père, je promenais mes yeux sur l'aïeule mourante et sur sa modeste grande chambre aux meubles anciens. Je regardais surtout ces tableaux des murs, représentant des fleurs dans des vases.

Oh! ces aquarelles qui étaient chez grand'mère, pauvres petites choses naïves! Elles portaient toutes cette dédicace: «Bouquet à ma mère,» et au-dessous, une respectueuse poésie à elle dédiée, un quatrain, qu'à présent je savais lire et comprendre. Et c'étaient des œuvres d'enfance ou de première jeunesse de mon père, qui, à chaque anniversaire de fête, embellissait ainsi l'humble logis d'un tableau nouveau. Pauvres petites choses naïves, comme elles témoignaient bien de cette vie si modeste d'alors et de cette sainte intimité du fils avec la mère,—au vieux temps, après les grandes épreuves, au lendemain des terribles guerres, des corsaires anglais et des «brûlots»... Pour la première fois peut-être je songeais que grand'mère avait été jeune; que sans doute, avant ce trouble survenu dans sa tête, mon père l'avait chérie comme moi je chérissais maman, et que son chagrin de la perdre allait être extrême; j'avais pitié de lui et je me sentais plein de remords pour avoir ri des chansons, pour avoir ri des causeries avec l'image de miroir...

On m'envoya en bas. Sous différents prétextes, on me tint constamment éloigné pendant la fin de la journée sans que je comprisse pourquoi; puis on me conduisit chez nos amis, les D***, pour dîner avec Lucette.

Mais quand je fus ramené par ma bonne, vers huit heures et demie, je voulus monter tout droit chez grand'mère.