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Sur ce, il me confirme que les portes de l'enceinte extérieure et la brèche par où je suis entré sont surveillées par des factionnaires, et il se retire dans son logis, sous la garde de ses ordonnances, à l'autre bout du palais.
Tout habillé et tout botté, comme dans la jonque, je m'étends sur les belles soies dorées, ajoutant à ma couverture grise une vieille peau de mouton, deux ou trois robes impériales brodées de chimères d'or, tout ce qui me tombe sous la main. Mes deux serviteurs, par terre, s'arrangent dans le même style. Et, avant de souffler ma bougie rouge d'autel d'ancêtres, je suis forcé de convenir, en mon for intérieur, que notre air «barbare d'Occident» a plutôt empiré depuis le souper.
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Le vent, dans l'obscurité, tourmente et déchire ce qui reste de papier de riz à mes carreaux; c'est, au-dessus de ma tête, comme un bruit continu d'ailes d'oiseaux nocturnes, de vols de chauves-souris. Et, en demi-sommeil, je distingue aussi de temps à autre une courte fusillade, ou un grand cri isolé, dans le lointain lugubre…
II
Dimanche 21 octobre.
Le froid, les ténèbres, la mort, tout ce qui nous oppressait hier au soir s'évanouit dans le matin qui se lève. Le soleil rayonne, chauffe comme un soleil d'été. Autour de nous cette magnificence chinoise, un peu bouleversée, s'éclaire d'une lumière d'Orient.
Et c'est amusant d'aller à la découverte, dans le palais presque caché, qui se dissimule en un lieu bas, derrière des murs, sous des arbres, qui n'a l'air de rien quand on arrive, et qui, avec ses dépendances, est presque grand comme une ville.
Il est composé de longues galeries, vitrées sur toutes leurs faces, et dont les boisures légères, les vérandas, les colonnettes sont peintes extérieurement d'un vert bronze semé de nénufars roses.