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charme à ses yeux, ça: notre petit mystère… Avouez-le, monsieur Lhéry, si nous n'étions pas des musulmanes voilées, s'il ne fallait pas, à chacun de nos rendez-vous, jouer notre vie,—et peut-être, vous aussi, la vôtre,—vous diriez: "Qu'est-ce qu'elles me veulent, ces trois petites sottes?" et vous ne viendriez plus.

—Mais non, voyons…

—Mais si… L'invraisemblance de l'aventure, et le danger, c'est bien tout ce qui vous attire, allez!

—Non, je vous dis… plus maintenant…

—Soit, n'approfondissons pas,—conclut "Zahidé" qui depuis un moment ne disait plus rien,—n'éclaircissons pas le débat; je préfère… Mais, sans vous mettre au courant de notre état civil, monsieur Lhéry, permettez qu'on vous apprenne nos noms vrais; tout en nous laissant notre incognito, il me semble que cela nous rendra plus vos amies…

—Ça, je le veux bien, répondit-il, et je crois que je vous l'aurais demandé… Des noms d'emprunt, c'est comme une barrière…

—Donc, voici. "Néchédil" s'appelle Zeyneb: le nom d'une dame pieuse et sage, qui jadis à Bagdad enseignait la théologie; et cela lui va très bien… "Ikbal" s'appelle Mélek (1), et comment ose-t-on usurper un nom pareil, étant la petite peste qu'elle est?… Quant à moi, "Zahidé", je m'appelle Djénane (2), et, si vous savez jamais mon histoire, vous verrez quelle dérision, ce nom-là!… Allons, répétez à présent: Zeyneb, Mélek, Djénane.

(1)Mélek signifie: ange (2)Djénane (qui s'écrit Djenan) signifie: Bien- aimée.

—Inutile, je n'oublierai pas. D'ailleurs, puisque vous avez tant fait, il vous reste à m'apprendre une chose essentielle: quand on vous parle, est-ce Madame qu'il faut vous dire, ou bien…