J'ignorais où était le danger et de quel côté le mauvais vent commencerait à souffler; mais, de cette dernière journée, de cette fête, m'était resté comme un froid au fond de l'âme. En regardant les petites invitées, au départ, baiser la belle main royale, j'avais entrevu chez celles qui le plus dévotement s'inclinaient, des duretés et des haines, et, chez la souveraine qui leur souriait, une clairvoyance nouvelle, une indulgente mais infinie méfiance.

II

Un an plus tard, la reine, très gravement malade, emmenée d'abord dans le sud de l'Italie, venait d'être transportée à Venise. Il lui fallait, disait-on, l'air marin atténué et la constante humidité des lagunes.

En réalité, l'exil était commencé.

Et c'est là, à Venise, qu'il me fut permis de venir la voir, mais pour la dernière fois...

III

Venise, vendredi 14 août 1891.

Venise, un matin d'août au petit jour naissant.

Mandé par Sa Majesté, j'arrive, de Nice où j'étais, pour passer ici deux rapides journées, tout ce que me permet de liberté le service d'escadre.

On commence à peine à bien voir clair, quand je descends de l'express de Gênes, à cette gare de Venise qui semble une petite île. Les choses sont vagues encore, dans cette demi-lueur cendrée d'avant le soleil, sorte de brume lumineuse, couleur gris de lin, des extrêmes matins d'été.