Avec lenteur d'abord, elle se mit debout, droite et grande, ce qu'elle n'avait plus fait depuis des mois, et nous regarda tous, en souriant d'un clair sourire qui disait:

—Vous voyez que c'est vrai, je suis bien mieux.

Et puis, délibérément elle partit, cambrant comme jadis sa belle taille noble, et, tout surpris, nous suivîmes le sillage de sa traîne blanche.

A ce moment, dans les yeux de mademoiselle Catherine *** qui marchait à côté de moi, je me rappelle l'expression qui passa, toute de bonne joie, d'affectueuse espérance:

—Oh! disait-elle, mais c'est incroyable, ce matin, notre reine!

Pourtant cette joie ne devait pas durer, hélas! Et c'est d'ailleurs un des caractères de cette maladie, d'avoir ainsi des accalmies trompeuses.


Dans la salle à manger, la reine ne se mit point à table, mais resta étendue. Sa place était sur un de ces canapés Empire dont les bras dorés représentent des cygnes; elle recevait là, des mains de mademoiselle Hélène *** qui la servait avec une respectueuse sollicitude, des mets spéciaux, en très petite quantité et dans de toutes petites tasses, comme pour une poupée.

IV

Aussitôt le déjeuner, on partit en gondole, pour la longue promenade sans but, tranquille et berçante de chaque jour. Par le vieil escalier de marbre, les deux mêmes domestiques qui s'étaient présentés ce matin descendirent la reine sur leurs mains réunies en chaise et la portèrent dans la gondole, qui attendait au seuil de l'hôtel. Pour regarder ce triste cortège, des gens étaient là, comme il s'en attroupe toujours pour voir passer les reines, une dizaine de touristes quelconques, et ils saluaient en silence.