[LIV]
Nous sortons avec lenteur de la grande baie verte. Les groupes de femmes s'effacent. Le pays des ombrelles rondes à mille plissures se referme peu à peu derrière nous.
Voici la mer qui s'ouvre, immense, incolore et vide, reposant des choses trop ingénieuses et trop petites.
Les montagnes boisées, les caps charmants s'éloignent.—Et tout ce Japon finit en rochers pittoresques, en îlots bizarres sur lesquels des arbres s'arrangent en bouquets,—d'une manière un peu précieuse peut-être, mais tout à fait jolie....
[LV]
Dans ma chambre de bord, un soir, au large, au milieu de la mer Jaune, je regarde par hasard les lotus rapportés de Diou-djen-dji; ils avaient résisté pendant deux ou trois jours; à présent ils sont finis, pitoyables, semant sur mon tapis leurs pétales roses.
Moi qui ai conservé tant de fleurs fanées, tombées en poussière, que j'avais prises, çà et là, au moment des départs, dans différents lieux du monde; moi qui en ai tant conservé que cela tourne à l'herbier, à la collection incohérente et ridicule,—j'ai beau faire, non, je ne tiens point à ces lotus, bien qu'ils soient les derniers souvenirs vivants de mon été à Nagasaki.
Je les prends à la main, avec quelques égards toutefois, et j'ouvre mon sabord.