Un peu avant la nuit, j'arrive à Toulven, où j'ai voulu m'arrêter deux heures pour leur faire mes adieux.
Comme c'est vert et fleuri, ce Toulven, cette région fraîche et ombreuse, la plus exquise de Bretagne!
Là, on m'attendait pour couper les cheveux du petit Pierre. La pensée qu'on pût me confier une pareille besogne ne me serait jamais venue. On me dit «qu'il n'y avait que moi pour le faire rester tranquille». La semaine passée, on avait mandé le barbier de Toulven, et petit Pierre avait tellement fait le diable, que les ciseaux avaient entamé d'abord ses petites oreilles; il avait fallu y renoncer. J'essayai tout de même, pour leur faire plaisir, ayant une envie de rire très grande.
Puis, quand ce fut fini, l'idée me vint de garder une de ces petites mèches brunes que j'avais coupées, et je l'emportai, étonné de tant y tenir.
[LXXIV]
LETTRE D'YVES
À bord de la Sèvre, Lisbonne, 1er août 1881.
«Cher frère, je vous réponds une petite lettre le jour même que je reçois la vôtre. Je vous écris bien à courir, et encore je profite de l'heure du déjeuner, et je suis sur le râtelier du grand mât.
»Nous sommes entrés en relâche à Lisbonne hier au soir. Cher frère, nous avons eu tout à fait un mauvais temps cette fois; nous avons perdu nos focs, l'artimon de cape et la baleinière. Je vous fais savoir aussi que, dans les grands coups de roulis, mon sac et mon armoire sont allés se promener et tous mes effets aussi; j'ai à peu près pour cent francs de perte dans toutes ces affaires-là.