Non, jamais dans sa vie de pauvre errant, toujours à la peine,—jamais il n'avait eu une heure si belle, une joie si profonde que celle que son frère Pierre venait de lui envoyer par le télégraphe....


[XCIX]

Quand les vents me ramènent en Bretagne, c'est aux derniers jours de mai, au plus beau du printemps breton.

Il y a déjà six semaines qu'Yves est dans sa petite maison de Toulven, arrangeant ma chambre, préparant tout pour mon arrivée.

Le navire sur lequel je suis embarqué a quitté la Méditerranée pour remonter dans l'Océan, vers les ports du Nord et désarmer à Brest.

18 mai, en mer.—Déjà on sent la Bretagne approcher. Il fait beau encore, mais un de ces beaux temps bretons qui sont tranquilles et mélancoliques. La mer unie est d'un bleu pâle, l'air salin est frais et sent le varech; il y a sur toute chose comme un voile de brumes bleuâtres, très transparentes et très ténues.

À huit heures du matin, doublé la pointe de Penmarch. Les granits celtiques, les grandes falaises tristes peu à peu se dessinent et s'approchent.

Maintenant ce sont de vrais bancs de brumes,—mais très légers, brumes d'été,—qui se reposent partout sur les lointains de l'horizon.

À une heure, la passe des Toulinguets, et puis nous entrons à Brest.