Les fleurs des tombes donnent leurs odeurs douces du soir.—Un calme tiède nous environne et semble s'épaissir....

On entend dans le lointain les hiboux qui s'appellent, on ne distingue plus les œillets blancs d'Yvonne.... La nuit d'été est venue....

Alors un grand bruit nous fait frissonner tout à coup, au milieu de ce silence où nous songions aux morts. C'est l'Angelus qui sonne, là, très près, au-dessus de nous, dans la clocher; et l'air s'emplit de lourdes vibrations d'airain.

Pourtant nous n'avons vu personne entrer dans l'église, qui est fermée et obscure.

«Qui sonne? dit Yves, inquiet, qui peut sonner?... Pas moi qui voudrais le faire, toujours.... Non, sûr que je n'entrerais pas dans l'église à l'heure qu'il est, et pas même pour tout l'or du monde, encore!...»

Nous nous en allons de ce cimetière; il s'y fait trop de bruit décidément; l'Angelus y est étrange; il y éveille des sonorités inattendues, dans les eaux de l'étang, dans la terre des morts, dans la nuit. Non pas que nous ayons peur de la pauvre petite tombe aux œillets blancs, mais ce sont les autres, ces bosses de gazon qui sont autour de nous, ces tertres d'inconnus....

Dix heures.—Je vais dormir ma première nuit sous le toit de mon frère Yves.

Dix heures sonnées.—Nous nous sommes déjà dit bonsoir, et le voilà qui rouvre ma porte.

«C'est pour les fleurs. Elles pourraient peut-être vous faire du mal; nous venons de penser cela...»

Et il emporte tout, les résédas, les pois de senteur, même les gerbes de bruyère.