Alors une frayeur me vint, et je lui dis, pour voir:
«Yves, prête-moi aussi ta montre, je te prie; j'ai laissé la mienne en gage.»
Il se troubla beaucoup, racontant qu'elle était cassée. J'avais deviné juste: pour avoir ces cent francs, il venait de la vendre avec la chaîne, moitié de son prix, à un quartier-maître du bord.
Aussi Yves savait-il qu'il pouvait en appeler à moi en toute circonstance. Et, quand Barrada vint me chercher de sa part, je descendis le trouver dans la cale, aux fers.
Mais il s'était mis cette fois dans un cas bien grave en bousculant ce vieux maître, et j'eus beau intercéder pour lui, la punition fut dure. Quatre mois après, il lui fallut repartir sans avoir vu sa mère.
Au moment de m'embarquer avec lui sur la Sibylle pour un tour du monde en trois cents jours, je l'emmenai un dimanche à Saint-Pol-de-Léon, afin de le consoler.
C'était tout ce que je pouvais pour lui, car son Plouherzel était bien loin de Brest, dans les Côtes-du-Nord, au fond d'un pays perdu, et on n'avait encore construit par là aucun chemin de fer capable, en une journée, de nous y conduire.
[IX]
5 mai 1875.