...Yves leur avait déjà lancé son escabeau de forme chinoise, qui venait de crever le mur à toucher leurs têtes, et Barrada, d'un premier coup de poing, en avait chaviré deux. Les autres renversés sur les premiers, tous par terre, Kerboul assommait dans le tas, à grands coups de table, éparpillant sur les ennemis les débris de ses quinze verres.
Alors on entendit au dehors des gongs et des sonnettes, des frôlements de soie, de petits rires aigres de femmes.
Et les danseuses entrèrent. (Les gabiers s'étaient commandé des danseuses.)....
Ils s'arrêtèrent en les voyant paraître, car elles étaient étranges. Peintes comme des images chinoises, couvertes d'or et de pierres brillantes, des yeux à demi fermés, pareils à de petites fentes blanches, elles s'avançaient au milieu de nous avec des sourires de femmes mortes, tenant leurs bras en l'air et écartant leurs doigts grêles, dont les grands ongles étaient enfermés dans des étuis d'or.
En même temps, des odeurs de baume et d'encens; on brûlait des baguettes dans un réchaud, et une fumée alanguissante se répandait comme un nuage bleu.
Les gongs sonnaient plus fort et ces fantômes dansaient, gardant leurs pieds immobiles, exécutant une espèce de mouvement rythmé du ventre avec des torsions de poignets. Toujours le sourire figé, le regard blanc des cadavres; il semblait que cela seul eût vie en elles: ces gros reins cambrés de goule qu'agitaient des trémoussements lascifs, et puis, au bout des bras raidis, ces mains écartées, inquiétantes, qui se tordaient.
...Le Hello, qui, depuis longtemps, dormait par terre, entendant les gongs sonner si fort, se réveilla et eut peur.
«Té, pardi, les danseuses!» lui expliqua Barrada, gouailleur, riant de lui.
«Ah! Oui, les danseuses!»
Il s'était levé et de sa large patte, qui cherchait en l'air, incertaine, il essayait de rabattre ces bras tendus et ces griffes dorées, balbutiant, la langue épaisse: