Cinquième partie

Chapitre I

... A la fin de cette journée de printemps qu’ils avaient eue, la nuit tombante ramena le sentiment de l’hiver et ils rentrèrent dîner devant leur feu, qui était une flambée de branchages.

Leur dernier repas ensemble!... Mais ils avaient encore toute une nuit à dormir entre les bras l’un de l’autre, et cette attente les empêchait d’être déjà tristes.

Après dîner, ils retrouvèrent encore un peu l’impression douce du printemps, quand ils furent dehors sur la route de Pors-Even: l’air était tranquille, presque tiède et un reste de crépuscule s’attardait à traîner sur la campagne.

Ils allèrent faire visite à leurs parents, pour les adieux de Yann, et revinrent de bonne heure se coucher, ayant le projet de se lever tous deux au petit jour.

Chapitre II

Le quai de Paimpol, le lendemain matin, était plein de monde. Les départs d’Islandais avaient commencé depuis l’avant-veille et, à chaque marée, un groupe nouveau prenait le large. Ce matin-là, quinze bateaux devaient sortir avec la Léopoldine, et les femmes de ces marins, ou les mères, étaient toutes présentes pour l’appareillage. — Gaud s’étonnait de se trouver mêlée à elles, devenue une femme d’Islandais elle aussi, et amenée là pour la même cause fatale. Sa destinée venait de se précipiter tellement en quelques jours, qu’elle avait à peine eu le temps de se bien représenter la réalité des choses; en glissant sur une pente irrésistiblement rapide, elle était arrivée à ce dénouement-là, qui était inexorable, et qu’il fallait subir à présent - comme faisaient les autres, les habituées...

Elle n’avait jamais assisté de près à ces scènes, à ces adieux. Tout cela était nouveau et inconnu. Parmi ces femmes, elle n’avait point de pareille et se sentait isolée, différente; son passé de demoiselle, qui subsistait malgré tout, la mettait à part.

Le temps était resté beau sur ce jour des séparations; au large seulement une grosse houle lourde arrivait de l’ouest, annonçant du vent, et de loin on voyait la mer, qui attendait tout ce monde, briser dehors.