Chaque soir, des brumes froides montaient de la terre; alors elle regardait par sa fenêtre la lande triste, où des petits panaches de fumée blanche commençaient à sortir çà et là des chaumières des autres: là partout les hommes étaient revenus, oiseaux voyageurs ramenés par le froid. Et, devant beaucoup de ces feux, les veillées devaient être douces; car le renouveau d’amour était commencé avec l’hiver dans tout ce pays des Islandais...

Cramponnée à l’idée de ces îles où il avait pu relâcher, ayant repris une sorte d’espoir, elle s’était remise à l’attendre...

Chapitre XI

Il ne revint jamais.

Une nuit d’août, là-bas, au large de la sombre Islande, au milieu d’un grand bruit de fureur, avaient été célébrées ses noces avec la mer.

Avec la mer qui autrefois avait été aussi sa nourrice; c’était elle qui l’avait bercé, qui l’avait fait adolescent large et fort, — et ensuite elle l’avait repris, dans sa virilité superbe, pour elle seule. Un profond mystère avait enveloppé ces noces monstrueuses. Tout le temps, des voiles obscurs s’étaient agités au-dessus, des rideaux mouvants et tourmentés, tendus pour cacher la fête; et la fiancée donnait de la voix, faisait toujours son plus grand bruit horrible pour étouffer les cris. — Lui, se souvenant de Gaud, sa femme de chair, s’était défendu, dans une lutte de géant, contre cette épousée de tombeau. Jusqu’au moment où il s’était abandonné, les bras ouverts pour la recevoir, avec un grand cri profond comme un taureau qui râle, la bouche déjà emplie d’eau; les bras ouverts, étendus et raidis pour jamais.

Et à ses noces, ils y étaient tous, ceux qu’il avait conviés jadis. Tous, excepté Sylvestre, qui, lui, s’en était allé dormir dans des jardins enchantés, — très loin, de l’autre côté de la Terre...

FIN