Ensuite son long corset de demoiselle, qui faisait causer les gens, par sa tournure parisienne. Alors sa taille, une fois libre, devint plus parfaite; n’étant plus comprimée, ni trop amincie par le bas, elle reprit ses lignes naturelles, qui étaient pleines et douce comme celle des statues en marbre; ses mouvements en changeaient les aspects, et chacune de ses poses était exquise à regarder.

La petite lampe, qui brûlait seule à cette heure avancée, éclairait avec un peu de mystère ses épaules et sa poitrine, sa forme admirable qu’aucun oeil n’avait jamais regardée et qui allait sans doute être perdue pour tous, se dessécher sans être jamais vue, puisque ce Yann ne la voulait pas pour lui...

Elle se savait jolie de figure, mais elle était bien inconsciente de la beauté de son corps. Du reste, dans cette région de la Bretagne, chez les filles des pêcheurs islandais, c’est presque de race, cette beauté-là; on ne la remarque plus guère, et même les moins sages d’entre elles, au lieu d’en faire parade, auraient une pudeur à la laisser voir. Non, ce sont les raffinés des villes qui attachent tant d’importance à ces choses pour les mouler ou les peindre...

Elle se mit à défaire les espèces de colimaçons en cheveux qui étaient enroulés au-dessus de ses oreilles et les deux nattes tombèrent sur son dos comme deux serpents très lourds. Elle les retroussa en couronne sur le haut de sa tête, — ce qui était commode pour dormir; — alors, avec son profil droit, elle ressemblait à une vierge romaine.

Cependant ses bras restaient relevés, et, en mordant toujours sa lèvre, elle continuait de remuer dans ses doigts les tresses blondes, — comme un enfant qui tourmente un jouet quelconque en pensant à autre chose; après, les laissant encore retomber, elle se mit très vite à les défaire pour s’amuser, pour les étendre; bientôt elle en fut couverte jusqu’aux reins, ayant l’air de quelque druidesse de forêt.

Et puis, le sommeil étant venu tout de même, malgré l’amour et malgré l’envie de pleurer, elle se jeta brusquement dans son lit, en se cachant la figure dans cette masse soyeuse de ses cheveux, qui était déployée à présent comme un voile...

Dans sa chaumière de Ploubazlanec, la grand’mère Moan, qui était, elle, sur l’autre versant plus noir de la vie, avait fini aussi par s’endormir, du sommeil glacé des vieillards, en songeant à son petit-fils et à la mort. Et, à cette même heure, à bord de la Marie, — sur la mer Boréale qui était ce soir-là très remuante — Yann et Sylvestre, les deux désirés, se chantaient des chansons, tout en faisant gaîment leur pêche à la lumière sans fin du jour...

Chapitre VI

Environ un mois plus tard. — En juin.

Autour de l’Islande, il fait cette sorte de temps rare que les matelots appellent le calme blanc; c’est-à-dire que rien ne bougeait dans l’air, comme si toutes les brises étaient épuisées, finies.