... Inquiet de Gaud, à cause de cette écriture étrangère, il cherchait à s’approcher d’un fanal pour pouvoir bien lire. Et c’était difficile au milieu de ces groupes d’hommes demi-nus, qui se pressaient là, pour lire aussi, dans la chaleur irrespirable de cette batterie...
Dès le début de sa lettre, comme il l’avait prévu, la grand’mère Yvonne expliquait pourquoi elle avait été obligée de recourir à la main peu experte d’une vieille voisine:
“Mon cher enfant, je ne te fais pas écrire cette fois par ta cousine, parce qu’elle est bien dans la peine. Son père a été pris de mort subite, il y a deux jours. Et il parait que toute sa fortune a été mangée, à de mauvais jeux d’argent qu’il avait faits cet hiver dans Paris. On va donc vendre sa maison et ses meubles. C’est une chose à laquelle personne ne s’attendait dans le pays. Je pense, mon cher enfant, que cela va te faire comme à moi beaucoup de peine.
“Le fis Gaos te dit bien le bonjour; il a renouvelé engagement avec le capitaine Guermeur, toujours sur la Marie, et le départ pour l’Islande a eu lieu d’assez bonne heure cette année. Ils on appareillé le 1er du courant, l’avant-veille du grand malheur arrivé à notre pauvre Gaud, et ils n’en ont pas eu connaissance encore.
“Mais tu dois bien penser, mon cher fils, qu’à présent c’est fini, nous ne les marierons pas; car ainsi elle va être obligée de travailler pour gagner son pain...”
... Il resta atterré; ces mauvaises nouvelles lui avaient gâté toute sa joie d’aller se battre...
Troisième partie
Chapitre I
... Dans l’air, une balle qui siffle! ... Sylvestre s’arrête court, dressant l’oreille...
C’est sur une plaine infinie, d’un vert tendre et velouté de printemps. Le ciel est gris, pesant aux épaules.