La voilà dans la ville grise, dans les petites rues de granit où tombait ce soleil, donnant le bonjour à d’autres vieilles, ses contemporaines, assises à leur fenêtre. Intriguées de la voir, elles disaient:

— Où va-t-elle comme ça si vite, en robe du dimanche, un jour sur semaine?

M. le commissaire de l’inscription ne se trouvait pas chez lui. Un petit être très laid, d’une quinzaine d’années, qui était son commis, se tenait assis à son bureau. Étant trop mal venu pour faire un pêcheur, il avait reçu de l’instruction et passait ses jours sur cette même chaise, en fausses manches noires, grattant son papier.

Avec un air d’importance, quand elle lui eut dit son nom, il se leva pour prendre, dans un casier, des pièces timbrées.

Il y en avait beaucoup... qu’est-ce que cela voulait dire? Des certificats, des papiers portant des cachets, un livret de marin jauni par la mer, tout cela ayant comme un odeur de mort...

Il les étalait devant la pauvre vieille, qui commençait à trembler et à voir trouble. C’est qu’elle avait reconnu deux de ces lettres que Gaud écrivait pour elle à son petit-fils, et qui étaient revenues là, non décachetées... Et ça c’était passé ainsi vingt ans auparavant, pour la mort de son fils Pierre: les lettres étaient revenues de la Chine chez M. le commissaire, qui les lui avait remises...

Il lisait maintenant d’une voix doctorale: “Moan, Jean-Marie-Sylvestre, inscrit à Paimpol, folio 213, numéro matricule 2091, décédé à bord du Bien-Hoa le 14...”

— Quoi?... Qu’est-ce qui lui est arrivé, mon bon Monsieur?...

— Décédé!... Il est décédé, reprit-il.

Mon Dieu, il n’était sans doute pas méchant, ce commis; s’il disait cela de cette manière brutale, c’était plutôt manque de jugement, inintelligence de petit être incomplet. Et, voyant qu’elle ne comprenait pas ce beau mot, il s’exprima en breton: